Lettre à ma fille

Aujourd’hui, c’est la fête des mères mais c’est toi qui mérites la vedette.

Ma fille, merci d’être toi, d’être là.

Même si tu rends dinguo parfois, merci de tout résoudre avec ton rire ou ta répartie qui me laisse toujours sans voix.

Merci d’être si courageuse, si autonome, si pleine de vie, pleine d’empathie et si pleine d’amour.

Merci de toujours me réclamer ton histoire du soir, ton câlin avant de dormir et ta Gregre « parce qu’elle sent comme Mamoune ».

Merci de me faire découvrir le monde à ta hauteur et de remplir la maison de tes « chorés » de danse et de tes « chansons de kékés ».

Merci de donner un sens à cette vie un peu folle et du sens à ce monde qui part en vrille.

Tous ces mercis, je les accompagne malgré tout de quelques « Désolée ».

Désolée de n’avoir pas tout de suite réagi à ta souffrance. Désolée de t’avoir demandé de faire des efforts. Désolée de t’avoir dit que ça allait finir par s’arranger mais merci de t’être confiée à moi, d’avoir cherché refuge à mes côtés.

Ma fille, merci d’exister, merci d’avoir fait de moi une maman, parfois en carton, qui t’aime à l’infini.

Ma fille, juste merci.

Ta Mamoune.

Comme une vilaine boule dans la gorge…

Cet article, je le redoute depuis un moment mais en même temps, il faut que je l’écrive…
Je te le dis tout de suite, ce sera long et pas très drôle alors si tu veux passer ton chemin, je comprends.

J’ai cette vilaine boule dans la gorge parce que dimanche arrive la sacro-sainte Fête des Mères. Ah la Fête des Mères…

J’ai chialé ma race hier soir parce que la crèche a fait faire à mon petit Babachon une boîte à mouchoirs personnalisée avec ses petites mimines en peinture et son prénom. Je te raconte pas comment j’ai chialé toute seule sous ma douche. Elle grandit trop vite et voilà, ça y est, tous les ans, si la vie me donne cette chance, j’aurais un petit cadeau fait avec ses mimines et ça m’a émue. (Ouais, ouais, chuis trop une guimauve, on se refait pas ! )

J’ai une vilaine boule dans la gorge parce qu’avec dimanche qui arrive, bin, ça me rappelle que moi, ma mère n’est plus là. Alors non, elle n’est pas décédée, elle est « juste » alcoolique. Elle est dépressive depuis des années et puis comme les cachets n’ont sans doute pas suffit, elle y ajouté l’alcool.

Ca fait 2 mois que je n’ai aucune nouvelle d’elle. Ma fille est née le même jour qu’elle ( t’as vu l’ironie du sort ?) et elle n’a même pas appelé pour lui souhaiter son anniversaire et ça été mon déclencheur. On peut me faire des crasses mais à ma fille, ce n’est juste pas acceptable.

Des crève-cœur, je pourrais en écrire un roman…Si, si, je t’assure. C’est très moche l’alcoolisme, ça détruit la personne qui en est malade mais ça détruit aussi toute une famille.
Mes parents sont séparés depuis 7 ans et depuis, la descente aux enfers a été crescendo : ces fois où tu arrives chez elle et qu’elle ne reconnaît même pas ton mari, où tu la couches parce qu’elle est trop ivre…Ces innombrables tentatives de suicides…Les visites en hôpital psychiatrique, les cures ratées, les mensonges…Ces fois où elle s’alcoolise sous ton propre toit, que tu manques de la gifler parce que tu es à bout de nerfs, qu’elle a bu le whisky que tu avais acheté à ton mari pour son anniversaire…Ces fois où tu dois aller récupérer ta robe de mariée avec elle, histoire de dire que tu partages encore des choses avec elle, mais qu’elle t’appelle en manque pour que tu appelles SOS Médecins…Ce jour où tu l’appelles pour lui annoncer la naissance de ta fille et lui souhaiter son anniversaire et qu’elle est à l’hôpital, complètement ivre à 9h du matin…Les appels des assistantes sociales, les démarches de mise sous tutelle…Je vais m’arrêter là, j’en ai pour la nuit.

Je vais être honnête, quand j’ai su que j’attendais une fille, j’ai pleuré comme une merde en sortant du cabinet parce que dans ma tête, Babachon va forcément me détester et on aura une relation de merde toutes les deux. Aujourd’hui, je me bats tous les jours pour lui donner toutes les raisons de m’aimer et d’être fière de moi. L’inverse fait juste trop de mal et je veux lui épargner tout ça.

Certaines personnes m’ont jugée et me jugent toujours d’avoir laissé ma mère et de ne pas l’aider. A ces gens-là, j’aurais envie de dire : « Prenez ma place, prenez la douleur que ses actes entraînent et surtout ne croyez pas que je n’ai pas essayé de toutes mes forces.  »

J’ai enfin fermé la porte derrière moi après des années de souffrance parce que je refuse qu’elle m’entraîne avec elle.
Je ne dis pas qu’aujourd’hui, je ne souffre plus parce que je souffre de son absence et à la simple idée de ne pas l’appeler dimanche, j’ai le cœur en miettes malgré le fait que je m’y prépare depuis des semaines à cette foutue boule dans la gorge.

C’est comme devoir faire un deuil impossible parce que malgré tout, je ne peux m’empêcher de penser à tout ce qu’elle loupe avec sa petite-fille, tout ce que nous deux on loupe ensemble, toutes ces étapes de jeune maman que j’aurais voulu partager avec elle et dans lesquelles je me sens affreusement seule. Seule parce que nous séparent les bouteilles de binouze qu’elle s’enfile à longueur de journée.

Voilà, alors dimanche, j’aurai, je le sais, cette vilaine boule dans la gorge, peut-être même qu’elle sortira sous forme de larmes et c’est pas grave. Tu sais pourquoi ? Parce que j’ai la plus belle des boîtes à mouchoirs pour essuyer mes larmes ! ❤

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